Démangeaison > Cocorico

Un ami diffusait la vidéo ci-dessous à quelques-uns de ses contacts capables de second degré. Le titre de la vidéo est simpliste et j’ignore qui est ce chroniqueur, s’il est plus humoriste que journaliste, mais une telle vision de la France de la part d’un Américain se laisse écouter, et même, fait du bien. Mais ne crions pas Cocorico trop vite. Si ce texte a le mérite d’interpeller à la fois l’Américain et le Français moyen, il mérite un peu de contextualisation (Sacré mot que celui-là. Tant pis, je le garde).

Premier élément de contexte ; cet extrait date de la campagne présidentielle Française, visiblement entre les deux tours -“ il cite le taux de participation du premier tour et les deux candidats vainqueurs. Si vous avez été enfermé dans une cellule capitonnée ou exilé ces deux dernières années, vous pouvez avoir oublié de qui il s’agit. Sinon, je ne vois pas bien comment vous avez pu passer à côté du débordement d’énergie, d’encre et de salive inutiles à chaque fois que l’un comme l’autre bouge ou s’immobilise. L’Amérique est en tout cas à ce moment là au summum de son désamour politique avec la France de Jacques Chirac et ne rêve pas encore d’Obama, même si une bonne partie de son élite intellectuelle rêve déjà de l’après-Bush, ce dont elle rêvaient d’ailleurs déjà à la précédente élection. Comme quoi on n’obtient pas toujours ce qu’on veut.

Second élément contextuel, cette tirade s’adresse à des Américains, visiblement dans le cadre d’un débat sur le système de santé, en utilisant un média dont la présence dans les foyers est acquise, mais dont la qualité d’écoute ne l’est pas.
A ce titre, le mot qu’utilisent leurs voisins francophones du dessus dont le mode de consommation télévisuelle est apparenté est assez évocateur. Ils « écoutent » la télévision, comme nous, Français, le ferions de la radio -“ d’où vient probablement le « taux d’écoute ». Le sujet de l’allumage de cet indispensable meuble de salon alors que tout le monde se trouve dans la cuisine a posé un problème à l’essentiel de ma vie Québécoise. Je suis d’ailleurs désormais sans télévision -“ un lecteur de DVD suffit à mon bonheur -“ ce qui ne m’aide certes pas à rester dans le coup, à suivre les matchs de foot ou les péripéties de Koh Lanta, mais a au moins le mérite de limiter ma déconnexion neuronale.
Ainsi que le disait Patrick Timsit dans un spectacle déjà ancien (1994, je crois) et un sketch acide sur la vieillesse ; « je regarde beaucoup la télé : c’est chiant. Mais quand je l’allume, c’est pire ».

Il faut donc déployer une énergie considérable pour capter l’attention, dans ce contexte, sur un sujet pas nécessairement très sexy pour la desperate housewife de moins de cinquante ans. Quel est d’ailleurs le public de cette émission, je n’en sais finalement rien, mais on peut noter que l’invité qui se bidonne -“ et il est un peu le seul -“ Sean Penn, personnalité complexe pétrie de talents, n’est pas reconnu pour ses prises de position conservatrices, ni d’ailleurs pour son habileté à brosser ses compatriotes dans le sens du poil.

Ces Américains sont vraiment trop forts ; ils arrivent même à faire des émissions où l’on en apprend sur notre propre pays. J’ignorai par exemple que nous étions indépendant des rois du pétrole et que notre pays est le plus vert. Et si ce raccourci relativiste n’avait pour but que de remettre les pendules à l’heure, de ramener à la réalité l’Américain trop satisfait et le Français trop insatisfait ?

C’est le filigrane de cette vidéo qui montre une Amérique désenchantée, bigote, raciste, belliqueuse et grasse. Quand j’étais enfant, ce qui venait des « States » avait l’odeur du neuf, du génie. Toute technologie, toute culture avait l’aura du souriant, des dents blanches de Superman, des gambettes de Betty Boop, de l’insolence de Bugs Bunny et de l’innocence de Mickey Mouse. Le dollar valait dix francs et je me suis offert un walkman en 1986 avec mon premier ten bucks. Tellement moins cher qu’en France.

Que reste-t-il de cette aura ? Aujourd’hui la technologie vient du Japon et devient même parfois abordable en France avant de l’être en Amérique. J’ai un douloureux souvenir d’avoir longuement cherché un téléphone cellulaire bluetooth abordable au Canada alors qu’on en trouvait à 1€ en France. Les studios de cinéma éditent des « blockbusters » commercialement parfaits et culturellement anémiques, la musique anglophone s’écoute mieux quand elle vient du Royaume Uni ou du Canada -“ lisez donc la biographie de votre chanteur Américain préféré, vous pourriez être surpris -“ et sont vraiment nuls au foot (qu’ils persistent à appeler « soccer », c’est dire si ce n’est pas gagné !).
Alors que reste-t-il du rêve Américain ? Docteur House ? Peut être, parce qu’il y a du talent aux Etats-Unis et la révolution culturelle est certainement en marche parce qu’on n’arrête pas un peuple né pour marcher et conquérir. C’est juste qu’ils marchent plus lentement depuis quelques années.

Alors entre deux blockbusters, un réalisateur bankable arrive à vendre un film d’acteurs, un écrivain à inonder le monde d’une prose intelligente, un fabriquant de haute technologie à l’emblème fruitier à séduire la planète téléphone, un éditeur de logiciel-¦ non, mauvais exemple. L’oncle Sam se retourne, baille un coup, gratte un bouton de puce et constate à ses bourrelets que sa sieste à trop duré. Il boit un Coke Diet. Bush est réélu, alors il prend une bonne douche pour se requinquer l’espoir et le leadership mondial. Il produit Michael Moore, met Al Gore sur les scènes du monde et vote Obama en priant pour que ça serve à quelque chose.
Mais Obama ne peut rien de plus pour l’Amérique que de lui donner de l’espoir. Si elle accepte de se réveiller, c’est elle qui le portera. « Yes, we can »Â ; Roosevelt n’aurait pas dit mieux.

En attendant qu’ils se réveillent, nous avons toujours le sexe dans la journée et le meilleur système de santé au monde.

Cocorico !

Une réflexion au sujet de « Cocorico »

  1. Pour compléter, on me signale par courriel, à propos de la partie “La France est le pays le plus vert” et de l’équipement en téléviseurs les indicateurs suivants :

    Etat-Unis:
    Nombre de postes de télévision pour 1000 habitants: 938
    Nombre de voitures pour 1000 habitants: 813
    Tonnes de CO2 par habitant: 20,4

    France:
    Nombre de postes de télévision pour 1000 habitants: 520
    Nombre de voitures pour 1000 habitants: 598
    Tonnes de CO2 par habitant: 6,16

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