Culture > Littérature > [Livre] Je ne mangerai plus de cerises en hiver

La littérature politique est loin d’être mon genre de prédilection. J’ai le vague souvenir d’avoir lu “l’ardeur” de Jacques Chaban-Delmas qui traînait dans les toilettes chez mes parents, probablement parce qu’à l’époque, de toute ma vie, je n’avais connu que lui comme maire.

Son successeur à la mairie de Bordeaux, Alain Juppé, était donc tout désigné pour être le suivant sur ma liste d’écrivains-politiques.

J’ai commencé à m’intéresser à lui, en tant que personne – ce que je dissocie de la personnalité politique – lorsque sa venue pour enseigner au Québec a réussi à ne pas passer inaperçue à cause d’une polémique – par ailleurs stérile – due à ses démêlées judiciaires précédentes. La lettre explicative de l’intéressé qui a été publiée dans la presse m’a interpellé, tant par le ton, la structure, et l’absence de référence politique.

J’ai découvert que les hommes (et femmes) politiques, sont aussi des hommes (et des femmes) tout court. Etonnante révélation.

Aussi, à ceux qui se demandent si la présence de ce livre dans ce blog est le début de la définition d’une ligne politique, je répondrai tout d’abord « non », et ensuite que je ne fais, ni ne lis de politique. Je ne mettrai pas un centime dans les petits duels littéraires de ces derniers temps.

Alain Juppé appartient déjà à l’Histoire de France et, intérêt supplémentaire pour moi, à l’histoire de Bordeaux, ville à laquelle je reste profondément attaché bien que l’ayant quittée il y a maintenant 10 ans. J’ai découvert à son maire une plume agréable à lire, et une façon de présenter sa pensée très accessible qui évite l’écueil de l’excès de vulgarisation.

Dans une oeuvre très personnelle, Alain Juppé revient sur ses années mouvementés à Matignon, s’étend sur sa chronique judiciaire puis son séjour au Québec. Enfin, il nous laisse après sa réélection à arrière-goût de plébiscite à la mairie de Bordeaux en 2008 avec des réflexions pour l’avenir. L’ensemble de l’oeuvre est traité à travers le prisme des sentiments et insiste légèrement sur les erreurs de ces années.

Pour paraphraser Clémenceau, je dirai que l’honnêteté politique est à l’honnêteté ce que la musique militaire est à la musique. Aussi, ai-je été très favorablement surpris par ce livre.

Il s’agit d’un récit sur la vie d’un homme dont le métier est la politique, et que la politique a mené au front. Le ton très personnel contribue à complexifier en l’adoucissant l’image cassante d’Alain Juppé, sans nécessairement parvenir à lui ôter celle de rigidité. Il évite aussi le piège de l’affrontement politique par livre interposé et délivre sa vision personnelle sans s’étendre sur celle des autres.

Pour ceux qui veulent revoir la petite histoire dans la grande, prendre du recul sur le premier septennat de Jacques Chirac, des “Jupettes” à la dissolution hasardeuse de l’Assemblée Nationale, un grand chapitre est fait pour vous.

Deux autres attendent ceux qui ont du mal à voir des êtres humains dans les hommes politiques. Comment vit-on un procès lorsque l’on est un homme public ? Humiliation, c’est le titre de deux chapitres assez durs.

Connaissant l’air du Québec, je sais que c’était une bonne chose d’y aller avant même de commencer la partie qui y est consacrée : c’est un pays fait pour reprendre goût à la vie. C’est aussi un pays, qui bien que Canadien, et donc, comme leur voisin du dessous, spécialistes des véhicules sur-consommateurs d’essence, aurait des choses à nous apprendre sur les petits gestes quotidiens qui font du bien à la planète.

Alors Alain Juppé ouvre la suite du débat, tente de démontrer que l’écologie n’est pas sa dernière lubie et construit un argumentaire résolu. Et parce que parler ne suffit pas toujours pour limiter les émissions de carbone, il s’engage à ne plus manger de cerises en hiver.

Je ne l’avais pas attendu, mais j’apprécie l’effort.
Les fruits et légumes sont tellement meilleurs quand ils ont mûri au soleil de là où l’on se trouve.

Repères

Je ne mangerai plus de cerises en hiver de Alain Juppé
Récit
Plon – 2009

  • Pour compléter, voici un lien vers son blog
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