Culture > Peinture et Sculpture > Renoir au XXe siècle

Il y a des évidences qui s’imposent au détour d’un trottoir, sous l’aspect d’une femme affublée d’un incroyable foulard froufroutant rouge et blanc, tâche de couleur sous un visage en bonne santé. Renoir au XXe siècle est une des expositions qui sévissent au Grand Palais, à Paris. Je ne suis pas spécialement un habitué des expositions de peinture. Je dois même avouer que je ne me souviens plus à quand remonte ma dernière, mais celle-ci me semblait incontournable.

Cette rétrospective présente des Oeuvres, mais aussi une vision personnelle du dernier quart de la carrière de Pierre-Auguste Renoir. Dans sa « dernière manière » l’artiste dépasse l’impressionnisme pour en venir à des scènes figuratives, aériennes, fluides et colorées. Au premier regard, les tableaux sont réalistes et d’une beauté rappelant de grands maîtres flamands, mais les contours estompés, l’omniprésence de la lumière et les ombres contrariées, un teint trop frais, une hanche trop large et une main à peine esquissées dénoncent une prise de liberté artistique au service du beau. Renoir considérait la peinture comme un art décoratif et se donnait à ce titre le devoir d’embellir. Il ne s’agissait que de faire beau, et il s’y entendait.
La fin de carrière de Renoir est notamment marquée par la Provence qui sera source d’inspiration pour de magnifiques paysages saturés de couleur et de lumière ou des arrière-plans pour d’autres tableaux. Néanmoins, il travaillait surtout sur les humains, et ce sont effectivement eux qui ont retenu mon attention.

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Danse à la campagne (cliquez sur les images pour les agrandir)
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Danse à la ville

Renoir peint des sujets simples dans des paysages simples ou inexistants et ayant une activité simple à comprendre au premier coup d’oeil. Son art consiste à embellir un moment, pas à présenter un instantané de vie ou un tableau compréhensible par la seule élite intellectuelle. L’exposition s’ouvre donc sur « danse à la ville » et « danse à la campagne ». Si la seconde est joyeuse, colorée jusqu’aux joues de la danseuse, la première se tient dans univers formel et froid mais éblouit par la grâce abandonnée, presque résignée de la danseuse dont le teint diaphane se confond presque avec la robe blanche, complexe et magnifiquement exécutée. Ces deux tableaux constituent une très belle introduction à ce que sera l’art de Renoir en ce début de XXe siècle.

L’exposition se voulant également très personnelle, les Oeuvres sont souvent commentées, parfois accompagnées d’anecdotes. Nous apprenons donc à reconnaître ses enfants, et surtout leur nounou, Gabrielle Renard dont le doux visage rythme la visite.

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Jeunes filles au piano

Les visages sont toujours très finement exécutés et malgré le flou général, les traits en sont reconnaissables et l’âme des modèles transparaît de leurs regards, ce qui en fait une partie importante de l’oeuvre car chez Renoir, le détail n’est visiblement pas accessoire. Je vous présente ici la différence de traitement entre les mains d’une des « Jeunes filles au piano », de « Gabrielle et Jean » et du portrait de Paul Durand-Ruel qui rend évident que Renoir reste très centré sur son sujet. Dans le premier tableau d’une grâce touchante et désuète, les mains sont le prolongement de cette grâce et déjà un début du piano. « Gabrielle et Jean » est une oeuvre touchante et gaie qui tient dans la complicité des deux protagonistes. Le mouvement des mains n’est déjà plus qu’un accessoire et devient un mal nécessaire dans le portrait. Cela est également symptomatique de la recherche picturale que développe le peintre et qui est particulièrement perceptible dans ses nus très présents dans cette exposition.

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Nous y retrouvons de magnifiques compositions, comme ce « Nu sur coussin vert », l’espiègle « Frivolité » ou la charmante « Gabrielle à la rose ». On observe un glissement vers une esthétique personnelle indépendante du modèle. Les femmes de Renoir finissent par se ressembler avec des proportions malmenées, des hanches très larges et des épaules étroites, des seins ronds et haut perchés et, avec le temps qui passe, de l’embonpoint et une tête rétrécissant sur laquelle reste un peu du modèle ; un visage.

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Nu sur coussin vert
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Gabrielle à la rose

On comprend alors que cette recherche associée à des thèmes universels ait inspiré. Aussi, l’exposition présente-t-elle, dès l’entrée, des oeuvres de Bonnard, Matisse, mais surtout de Picasso qui possédait plusieurs Renoir dans sa collection. L’on découvre ainsi comment Renoir a influencé toute une génération de peintres mais aussi d’autres artistes. Dans sa recherche esthétique, Renoir a en effet également touché à la sculpture. La tête de son fils Jean est ainsi un modèle de finesse, mais, fortement handicapé sur la fin de sa vie, c’est avec l’aide d’autres sculpteurs que Renoir eut une production de statues et bas-reliefs fortement inspirés par l’antiquité dans lesquels on retrouve son sens de fluidité du mouvement et sa finesse d’exécution… seulement si nécessaire.
De tout cet univers artistique et personnel présent dans l’oeuvre et la vie de Renoir, on nous présente de nombreuses photographies, de lieux, d’entourage, et même un petit film. Se dessine alors l’image d’un patriarche doux et accueillant, entouré, au sourire malin et qui savait encore, de ses mains déformées, faire surgir la beauté à partir du quotidien.

Je suis sorti du Grand Palais avec des flashs de splendeur – auxquels les reproductions ne rendent décidemment pas hommage – et empli d’une évidence : Un Renoir, ça serait vraiment beau dans mon salon.

Repères

Renoir au XXe siècle
Paris, Galeries nationales – Grand Palais, Champs Elysées
23 septembre 2009 -“ 4 janvier 2010

Los Angeles, Los Angeles County Museum of Art
14 février 2010 – 9 mai 2010

Philadelphie, Philadelphia Museum of Art
17 juin 2010 – 6 septembre 2010

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