Petit caillou > Aidant

C’est un métier, une obligation, un devoir, une charge. On prétend qu’il faut du courage, de l’abnégation. Il faut, en tout cas, du temps. On ne dit jamais qu’on puisse y prendre plaisir. On oublie de dire que le bonheur peut se glisser là. Où simplement n’y pense-t-on pas.
Il y a autant de garde-malades qu’il y a de malades ; il serait effectivement un peu rapide de tirer un trait d’union entre les aidants naturels accompagnant la fin d’une vie et le parent au chevet d’un enfant grippé.
Le parent d’un enfant alité est pourtant un aidant naturel, inquiet, concerné, et quelle que soit la durée et l’intensité de la maladie, il sera là, entre parenthèses de sa vie pour porter des soins, tenter d’atténuer la douleur, la fièvre, et surtout ; être là.

Parce qu’être malade, c’est tomber en dépendance et parce que cette dépendance s’ajoute à la détresse d’un corps qui ne répond plus, parce que la maladie oblige à accepter de déléguer une part de sa vie, une part de soi, le garde-malade – l’aidant – doit savoir autant recevoir que donner. Il devra pallier la dépendance d’un corps entre parenthèses de lui-même en l’accueillant dans sa bulle, entre parenthèses de sa propre vie. C’est un échange intime et doux qui se suffit parfois du silence du veilleur regardant dormir « son » malade. Qui se suffit parfois de l’immobilité et de paupières entrouvertes sur le veilleur assoupi – en général dans un fauteuil inconfortable. Qui se suffit de l’enfant qui ouvre ses yeux fiévreux et qui, soulagé, soupire « Tu es là ! ». Qui se suffit, finalement, de petits riens signifiants.

Les aidants naturels sont des membres de la famille ou des amis qui offrent des soins et de l’aide à une personne ayant des troubles physiques, cognitifs ou mentaux. Ils le font par choix ou par nécessité. Contrairement aux fournisseurs de soins rémunérés, les aidants naturels ne sont pas payés pour leur travail.

Source: Ressources Humaines et Développement Canada

L’aidant familial, aussi appelé aidant proche ou aidant naturel, est le plus souvent un membre de la famille, quelques fois c’est un voisin ou un ami. Ce terme d’aidant familial ne désigne pas un statut juridique mais la reconnaissance d’un fait.”

Source: Aidant attitude

Être garde-malade, c’est vivre avec la maladie d’un autre. C’est certes avoir le luxe de pouvoir faire une pause, le luxe de guérir en quittant le malade, mais c’est aussi être le négatif de celui qui souffre, donner ce qu’il reçoit ; traitement, temps… et recevoir ce qu’il éprouve ; confiance ou douleur…

Au sein de la frénésie collective, s’arrêter pour une activité aussi contre-productive qu’est la maladie paraît un luxe à ceux qui ont le choix. Aux autres, elle ouvre une bulle asociale dans laquelle pourront pénétrer, se lover, les aidants naturels autorisés à faire une pause socialement irréprochable pour nager un peu à contre courant, se décrasser du monde et le regarder autrement.

Le temps ne se rattrape pas ; pour en avoir, il faut le prendre.

C’est dans cette bulle de temps arrêté par la maladie que l’aidant vivra sa parenthèse utile, pesante à force d’être responsabilisante. Ecrasante à force d’être pesante. Il vivra sur une ligne de temps perdu, gagné contre la maladie, sur le nuage que devient un lit bordé de récipients gravés d’inscriptions cabalistiques, sur un regard, un non regard, sur le silence intimiste de la présence partagée, sur une rémission après la douleur ou un sourire fiévreux, fatigué.

Lorsque le temps ou la maladie aura passé, que l’enfant jouera ou sera pleuré et que les parenthèses se fermeront avec un légitime soulagement, dans l’air frais de la vie qui reprend, ces moments là deviendront tendres et doux.

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