Balades > Petit caillou > La tentation printanière
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Les jupes raccourcissent et rallongent alternativement dans un ballet synchronisé avec les oscillations du thermomètre. Les pigeons ont attrapé la gastro du bourgeon de platane, les ados bourgeonnent également et ceux qui vont par paire se butinent goulument le groin à chaque coin de rue dès que le vent frais s’est calmé. La semaine dernière, j’ai vu une mouche et lundi c’était une fourmi.
Il n’y a pas de doute ; c’est le printemps.

Le printemps, ce sont des jonquilles, des fleurettes que l’on respire, cueille ou conte, des pigeons décollant, des décolletés pigeonnants, un soleil froid mais chaleureux, la chaleur toujours espérée mais trop attendue, un air de vacances de Pâques, les dernières avant les grandes. Le printemps, c’est cette antichambre de l’été où le Père Noël a fondu – allez faire comprendre ça à un enfant de 4 ans – pour être remplacé par les adolescentes anorexiques amincies par Photoshop pour la nouvelle collection de maillots de bain et les nouveaux régimes plaisir qui vont avec.

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Mais le printemps, c’est la prééminence de la précoce jonquille sur l’arrogante tulipe ou l’inégalité du platane retardataire sur le marronnier ; déjà qu’il ne pourvoie qu’en poil à gratter au lieu de marrons et donne la courante aux volatiles gazocéphales dont les plus esthétiques représentants finissent en des régions plus belliqueuses merveilleusement accommodés aux petits pois.

Le printemps, ce sont des catalogues de voyagistes qui serviront peut être, les tractations préliminaires autour de la machine à café pour savoir qui sera juillettiste ou aoutien et combien de jours de RTT il reste à solder. Ce sont aussi les préparatifs médicalisés dans les DRH en prévisions du mal de tête estival des 35 heures.

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Le printemps, c’est une bouffée d’air frais, parfois trop frais, qui dit que tout est possible, qu’on va déménager, faire un autre bébé, changer de boulot, mais pas tout de suite, à la rentrée.
Le printemps, les anciens ne s’y sont pas trompés, c’est la fertilité dans tous ses états, c’est des tas de fertilités, des moments qui préparent l’avenir.

Alors le printemps n’est qu’une passade grouillante comme une ruche d’abeilles engourdies. C’est vite trop long d’hésiter chaque matin entre deux épaisseurs de pull, entre l’écharpe et le foulard, la pelle ou le piolet, le bus ou le vélo, le rhume ou la gastro, les poux ou le coiffeur, la fertilité ou la gestation.

Le printemps n’est qu’attente de l’été. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il fiche ?

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