Cinéma > Culture > [Film] L’Arbre, de peine et de vie
L'Arbre
L\’Arbre

Contre la peine, contre ses sommets successifs, contre les vallées insondées de la douleur, l’esprit sait inventer ses propres protections, ses coupe-circuit, parce qu’il faut que la vie continue. Au cœur de L’Arbre, le dernier film de Julie Bertucelli, il y a cette torpeur qui s’empare de ceux qui ont usé leur premier fusible.

Parce qu’il était encore jeune, encore amoureux de Dawn après quinze ans et quatre beaux enfants, il ne pouvait pas partir sans douleur, sans la douleur des siens, sans leurs mains affolées sur son corps déjà froid, sans l’ombre de cet arbre monolithique, cathédrale vivante de bois et de feuillages qui recueillit son dernier soupir. Il ne pouvait pas partir. Simone a 8 ans et elle est sûre que son père est resté. Elle l’entend parler lorsque le vent fait chuchoter l’abondante frondaison. Elle sent sa peau rude en se lovant dans une racine câline. C’est son sang qui coule avec la sève. Son père est dans l’arbre. Il est l’arbre.

Mais l’arbre est aussi une plante qui souffre de la sécheresse, et sa quête d’eau va accompagner et personnifier le deuil de Dawn et de sa famille. En s’attaquant à la maison, à leurs voisins, à leurs vies, il va rendre perceptible les invisibles soubresauts, les violences et l’insidieuse destruction qui bouillonnent au fond des âmes amputées.

Julie Bertucelli connaît son deuil sur le bout des doigts mais a la pudeur de ne pas nous l’expliquer. Tout est dans l’image, dans ces dialogues quotidiens, ces nuits sans sommeil et ces jours sans éveil, la saleté qui progresse et qui régresse. Cela en fait un film d’une esthétique un peu brutale éclairant un rythme lent, mais aussi un film à vraiment regarder avec un cœur ouvert ; paradoxe d’un élitisme sentimental pour un film conçu de simplicité.

Citation

– Personne ne pleure.
– C’est comme ça quand les gens sont vraiment tristes.

Julie Bertucelli connaît son deuil sur le bout des doigts mais laisse le soin aux colères de l’arbre, à un casting sobre mais dense, aux frêles épaules de Charlotte Gainsbourg, à l’envoutante – voire terrifiante – Morgana Davies (8 ans), de nous faire sentir le flux et le reflux de la vie et du temps qui tente d’éroder le trop de tristesse. Elle s’aide d’images somptueuses, tente et réussit à nous faire sentir l’écorce sous les doigt, tout comme la crudité d’un quotidien simple, parfaite illustration des vies qui s’écoulent sous nos yeux.
Malgré quelques imperfections, le film est un récit magnifié par une esthétique simple mais travaillée ou même un plombier trop beau, un arbre trop gros, trop dangereux, participent à l’expression d’une réalité très nue où la peine ne s’efface que parcimonieusement face à un quotidien simple où les sourires sont compatibles avec la douleur sans larmes, celle que seul l’amour peut faire naître.

L’arbre est la peine qui étouffe, que l’on doit abattre, que l’on veut abattre. Que l’on ne peut abattre. C’est un film tout en parabole, tout en finesse. Vous ne sortirez pas intacts de la salle. Le coeur peut être un peu trop gros, les yeux peut être un peu trop secs.

Repères

L’Arbre
Film Franco-Italo-Australien de Julie Bertuccelli (2010)
Avec Charlotte Gainsbourg, Morgana Davies, Marton Csokas
Vu en VOSTF
Fiche Allo-Ciné

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