Démangeaison > Au loup !
Loup
Canis Lupus

Alerte Nationale ! Sortez les pics et les fourches ! Dressez une palissade autour des Vosges et même du Gévaudan par précaution. La Bête est de retour, c’est un fait, elle a été photographiée ce mois-ci sous son plus beau profil dans une zone ou ont été égorgées 45 agneaux et un poulain. C’était une grosse faim !

Canis Lupus est de retour et la bête est barbare même lorsqu’elle n’est pas enragée ; son pelage est hérissé de mauvaises intentions, son regard est vil et ses oreille pointues n’évoquent-elles pas les cornes du diable ? (C’est le Moïse de Michel-Ange qui doit être content) ; la ménagère peu importe son âge crie “au loup” tout en laissant les enfants jouer avec des chiens inconnus. Le loup est une bestiole haïe, honnie comme le sont toutes les bestioles mal connues et je sais de quoi je parle ; je n’y connais rien. Je fais donc comme tout ignorant, j’ouvre grand ma trogne d’imbécile pour annoncer l’apocalypse car le diable est de retour dans nos bois. Il a faim ; il s’attaque aux troupeaux et non aux bergers (depuis que ceux-ci dorment dans leur lit au lieu de garder leurs bêtes) mais ça ne saurait tarder. Le loup est une bête à l’étonnante capacité d’adaptation : l’évolution du pastoralisme lui a bien convenu.

Le méchant loup et le petit Chaperon Rouge (Gustave Doré)

Le loup est une peur apprise : dans les écoles de la République, on éduque à la peur du loup mieux qu’à celle des gentils messieurs qui offrent des bonbons. Tentez de défaire vos enfants de l’emprise de ce méchant pratique, plus effrayant même que le monstre vert (pourquoi un monstre doit-il être vert, à propos ?) : vous vous y casserez les dents encore plus sûrement qu’en vous attaquant au Père Noël parce que le loup, essayez donc de dire que ça n’existe pas ! La preuve qu’il existe : on en a photographié un dans les Vosges alors que pour Papa Noël, j’attend encore son portrait issu d’un radar automatique.

En Hexagone, c’est un sport national de se tirer dans les pattes, ce qui permet d’observer le match entre les diaboliseurs énonçant les 1 600 décès attribués aux loups entre 1580 et 1840 et les angélistes qui rappellent que loup a tendance à fuir l’homme.

Comment donc ? Fuir l’homme ? Certes, nous savons depuis le “pacte des loups” que la bête du Gévaudan était une pauvre bête manipulée par des groupuscules d’extrême droite, mais les preuves d’attaque existent. Si, si, demandez à Germaine.

Alors pour alléger le débat dans lequel les chasseurs tentent de rester d’une magnifique neutralité, je propose d’aller se promener dans les bois d’un doux pays qui a le mérite de savoir ce que c’est que la faune sauvage parce qu’il lui en reste. Commençons par ce document à l’usage des marcheurs qui souhaiteraient arpenter les parcs du Québec, ce qui est toujours une excellente idée en été. Force est de constater que ce pamphlet est manifestement un torchon pro-loup puisqu’il prétend, page 19, que la bête s’approche rarement de l’être humain. Mieux, il est certainement financé par le lobby anti-ours noir puisqu’il lui consacre une page entière de précautions.

C’est pourtant en lisant un document tout à fait officiel de la SEPAQ reprenant les mêmes précautions que je me suis mis à douter de l’opportunité de faire croire à nos enfants à l’inocuité de nounours, tout comme il est permis de douter de celle de leur inculquer la peur du loup.

Maintenant qu’un ailleurs qui n’aime pas que n’importe quel bestiau boulotte du touriste nous instille un doute, il convient d’approfondir le sujet. Voici donc un document complet et sourcé dont la page 105 nous apprend que 556 morts sont imputable aux loups entre 1900 et 2000 en Europe, en Asie et au Moyen-Orient (ce qui agrandit considérablement la zone géographique de nos diabolisateurs qui en comptabilisaient 615 par siècle, avant cette période, pour la seule France).

Ayant dûment régledetroisisé grâce à l’insistance méritoire de ma prof de maths qui a su me faire rentrer cette idée dans la caboche, ma calculatrice finit par m’avouer que ça fait tout de même 6 à 7 morts par an dans l’hypothèse la plus pessimiste, soit cinq fois moins que l’automobile en France l’année dernière.

Dans un pays qui a aboli la peine de mort et ou le tabac élimine 60.000 personnes par an, j’aimerai bien savoir au nom de quel principe non-liberticide on éradiquerait un élément important de stabilisation écologique qui, outre le fait qu’il s’est réimplanté tout seul sans rien demander au contribuable, présente en plus l’intérêt de savoir réguler sa démographie. C’est à dire, contrairement à un autre bestiau dont on se demande parfois à quoi sert le cerveau hypertrophié, qu’il sait ne pas épuiser l’écosystème auquel il appartient.

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