Cinéma > Culture > [Film] X-Men – Le droit à l’indifférence
Affiche du film
X-Men : Le commencement

L’intelligence se niche parfois à des endroit tellement inattendus qu’elle en paraîtrait subliminale. Dans cette période économiquement instable, socialement anxiogène et géopolitiquement peu rassurante, on aimerait pouvoir compter sur un bon vieux blockbuster américain pour se mettre le neurone au repos.

Le problème, c’est que les gros bras sans cervelle ne font plus recette. La faute à Bruce Willis qui a démontré qu’un bon acteur ne nuisait pas à film d’action et à une nouvelle génération de réalisateurs qui, malgré les tentatives de Michael Bay de nous démontrer le contraire à coup d’effet spéciaux numériques ou de Stallone à coup de pyrotechnie et de ketchup, ont prouvé qu’on ne fait plus un bon film sans un minimum de scénario.

De là à soupçonner un poil de finesse à X-Men ; le commencement, dernier opus de la lucrative franchise des X-Men, il y a un pas de géant que je n’aurai pas franchi tout seul malgré quelques indices ; d’abord, un réalisateur encore jeune, britannique mais né à Beverly Hills, aimant les acteurs, capable de passer du prix du meilleur film indépendant britannique (1998) aux Razzie Awards (2002 – producteur).
Ensuite, une critique relativement unanime sur le fait qu’il ait pondu, je cite, “le meilleur [film] de la série”, ce qui ne veut pas toujours dire grand chose quand on part de zéro.

Pour les non initiés, les X-Men sont des créations de bande dessinée – ou plus précisément, de “comic” puisqu’ils sont américains – êtres humains mutants, assimilés super-héros ou super-méchants selon leur caractère, chacun doté d’un pouvoir spécifique, à l’image des habitants de Troy en moins rigolo, et d’un pseudonyme plus ou moins ridicule, contrairement aux habitants de Troy aussi. Les gentils sont habillés d’un uniforme vachement cool fourni par le calme et tétraplégique professeur X et les méchants ne savent pas s’habiller – surtout Mystique qui se ballade à poil, enfin, à écaille. Enfin, le film “X-Men, le commencement” débute juste avant que tous ces personnages ne se rencontrent.

Lanfeust de Troy
Habitants de Troy

Les premières images sont d’ailleurs pour un camp nazi ou un enfant juif pas heureux d’être séparé de sa mère va démontrer de curieuses habiletés dans le traitement du métal sous l’oeil d’un docteur Petiot local (Dr Shaw) qui n’attendait que ça. De l’autre côté de l’atlantique, un autre mutant également séparé de sa mère comme le sont certains enfants trop riches, se découvre une consoeur au teint bleu, sorte de schtroumpfette rousse polymorphe. Avant ces moments, les mutants croyaient être seuls dans leur “genre”.

La trame hollywoodienne suit alors son cours sur des rails bien huilés : traque du méchant dans les années 60 avec vengeance aveugle servie par un acteur en pleine forme, un peu de CIA – et même des Men in Black, un tomberau d’effets spéciaux, de rares maîtres concentrés et un peu plus d’élèves dissipés, des références historiques à la pelle et même un hommage probable à James Bond qui n’aurait renié ni la guerre froide, ni le sous-marin, ni sa touche féminine…

Il en sort un divertissement de belle qualité avec un casting inspiré et visiblement libre de s’exprimer. Et ça marche.

Mystique
Mystique

Jusque là, rien d’anormal, mais comme il s’agit d’un film sur les X-Men, il s’agit aussi d’une oeuvre efficace centrée sur la différence et cette réflexion nous est servie dans un triple plat plutôt inhabituel dans les franchises de Marvel plus souvent sujettes à un second degré beaucoup plus binaire.
Le premier niveau vient du méchant et son parallèle entre la race – supérieure – aryenne reprise par Hitler et la race – supérieure à la précédente – des mutants, selon la théorie du bon Dr Shaw.
Le Dr Shaw est identifiable à Hitler ; on aurait pu s’arrêter là.

Mais nous sommes dans un film identitaire : de jeunes mutants découvrent qu’ils ne sont pas seuls dans leur étrangeté et donc, en complément du besoin de s’accepter individuellement différent, répondent à celui de se sentir accepté au sein d’un groupe pour répondre à la défiance des humains à leur égard.
Pour achever ce second degré, une magnifique réflexion misogyne en fin de film déplace le problème de la différence dans un contexte plus réel.

Pour compléter la réflexion, place à la xénophobie, également sous forme de parallèles. Dans le premier niveau, le Dr Shaw exploite la peur réciproque d’une supposée tentative hégémonique des Etats-Unis sur l’URSS et la peur de l’inverse, permettant au film de s’achever en pleine crise des missiles de Cuba (1962).
Dans le même temps, stigmatisés tout d’abord par des réflexions amenées avec des sabots de sept lieues, puis par une avalanche d’obus et missiles aussi peu subtile mais finalement drôle, nos mutants se divisent progressivement entre les tenants d’une intégration discrète et ceux du combat contre la supposée tentation hégémonique des humains qui n’est manifestement qu’un réflexe de peur face à l’étrange, l’inconnu, l’incompris.

Xenophobie

du grec ancien : (xénos, « étranger » et phobos, « rejet, peur »)

C’est pourtant cette même peur, associée à la conscience de son pouvoir, qui conduira notre ex-enfant sorti des camps nazis à changer de cause une fois adulte (dans la première partie du film, “son peuple” est le peuple juif – dont la spoliation est symbolisée par une bonne trouvaille scénaristique – bien que sa vengeance soit personnelle) mais surtout à adopter une logique raciale qui n’est pas sans rappeler celle de ses bourreaux. Il devient alors le nouveau méchant sous le nom de Magneto, le spectateur est content que tout le monde rentre dans les cases et le film peut s’achever.

Je me souviens
Je me souviens

Je me prend alors à espérer que sur les plus de 2 millions de spectateurs Français, quelques uns se souviendront que stigmatiser une différence ne provoque que la peur et que la peur mène à la violence.
J’espère qu’ils se souviendront comment des victimes peuvent devenir bourreaux.
J’espère qu’avant de mettre leur bulletin dans l’urne ou de ne pas l’y mettre, ils auront constaté que le populisme, la démagogie et la xénophobie redeviennent des fonds de commerce politiques acceptables aussi dangereux que ceux des années 30.

Je ne sais pas si le salut est dans les urnes. Je sais juste qu’il n’est pas dans les armes, la violence et la haine.
Peut être est-il dans ces films grands publics qui osent aborder honnêtement des thèmes complexes. Qui osent faire le pari d’éduquer ceux qui ne seraient pas allé voir La liste de Schindler. Qui osent faire le pari d’éduquer à l’acceptation de l’autre.

Repères

X-Men : Le commencement
Film américain de Matthew Vaughn (2011)
Avec James McAvoy, Michael Fassbender, Kevin Bacon
Vu en VOSTF

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