Petit caillou > Les secondes chaussettes

Les chaussettes seulesOù sont-elles ?

Pas derrière la machine à laver, pas dans le filtre du sèche-linge, pas sous l’armoire.

Où sont-elles ?

Pas non plus sous le lit, entre le lit et le mur ou coincées dans une housse de couette.

OÙ SONT-ELLES ?

À chaque achat, à chaque don de vêtements, c’est la même chanson ; une confortable moitié des chaussettes de Ti-cul se fait plaquer par son double.

Ce sont ainsi des millions de chaussettes qui disparaissent dans l’agacement général et l’indifférence collective. La science, qui a l’art de fourrer son nez partout, ne devrait-elle pas se pencher sur ce problème prioritaire au lieu de s’intéresser au sexe oral chez les chauve-souris ou à la probabilité qu’une vache se relève relativement au temps passé couchée ? Il y a certainement un prix Ig Nobel (prononcer “ignoble” avec un accent d’outre manche) à gagner. Le sort de l’humanité chaussée est en jeu dans ce combat qui touche toutes les chaussettes sans considération de pointure, de couleur ou de longueur. Que ce grand mystère soit percé, une solution trouvée, et la science aura définitivement pris le pas sur Dieu.

Enfin, le placard de ti-cul, le mien, ou le votre seront libérés de ces célibataires, ces bas largués comme des vieilles chaussettes (1), ces secondes chaussettes qui se morfondent, inutiles, dans l’attente improbable du retour de leur alter-ego, espérant presque un mariage de raison, une union mal assortie, si papa est en retard d’une lessive ou qu’il les a appairé distraitement.

Elles ont de la chance, les secondes chaussettes qui vivent en paires. Elle sont portées, elles ont le droit de s’user, le temps d’être aimées au point de devenir socquettes à force d’être encore mettables, le temps de sentir mauvais dans les chaussures en toile, de partir en voyage, de ne pas en revenir, de changer de propriétaire, d’être perdues dans une salle à langer et même d’être trouées. Les chaussettes qui vivent en paire ont le temps d’avoir une vie utile sous les yeux éplorés (les chaussettes Spiderman et Flash McQueen ont des yeux) des chaussettes seules, celles qui se sentent inutiles sans cette autre qui leur donne tout leur sens.

Les chaussettes seules ne s’usent pas : la vie n’a pas de prise sur leur maille. Elles semblent toujours pareilles, pas rétrécies, pas délavées, tellement toujours fraîches que parfois, les chaussettes qui vivent en paire les envient. Les chaussettes seules rêvent pourtant d’aventures et de voyages, de promenades sans chaussures le long d’une plage ou même dans le fond d’une cabine d’essayage.

En ces périodes où les chaussettes ne se reprisent plus, celles qui vivent en paire, et les secondes à qui l’on désespère de retrouver l’âme sœur finissent au rebut, les unes fatiguées par le devoir accompli, les autres vidées par leur inutilité, à moins d’avoir été recyclées pour faire une poupée, un fantôme ou une marionnette (liste non limitative ; n’hésitez pas à laisser d’autres idées dans les commentaires), d’avoir fait sourire un enfant, d’avoir dépassé leur simple condition de chaussette.

(1) Blague Franco-Québécoise qui ne fera pas rire grand monde. Au Québec, “Bas” signifie “Chaussette” qui est d’ailleurs un bas qui s’arrête à mi-jambe (source : wikipedia).

Le petit plus

  • Les Ig Nobel sont remis chaque année à l’université de Harvard et couronnent “des prouesses qui font rire les gens au premier abord, et les font ensuite réfléchir
    Plus d’info ici chez Wikipedia et sur le site Improbable.com.
  • Avez-vous reconnu la chanson ?
  • Cet article est le centième article publié sur ce blog

7 réflexions au sujet de « Les secondes chaussettes »

  1. Excellent article! Moi je souffre du syndrome “on ne jette pas les chaussettes toutes seules, parce qu’on ne sait jamais, on pourrait retrouver sa copine…” Résultat, j’ai une panière remplie… Mais j’ai une autre utilité pour elles, je m’en sers pour faire des “bun’s” aux filles de la maison! http://www.youtube.com/watch?v=igsHRhzKYRI Comme ça !

    1. Je souffre du même syndrome (la photo d’illustration est d’ailleurs une authentique sélection de célibataires issues du placard de Ti-cul). La maison manquant pas mal de cheveux longs, la réutilisation en “buns” n’est pas d’actualité mais merci pour l’idée.

  2. Quelques trucs partagés sur facebook :

    “le filet a linge ! On accroche le filet au panier a linge ou dans la salle de bain,et tout le monde met ses chaussettes dedans (interdiction de se déshabiller ailleurs que LA !), plus une seule de perdue ainsi !”

    Plus long à mettre en œuvre (voire inenvisageable pour des enfants qui changent de pointure à tout bout de champ) : “des gens cousent aussi des pressions , un coté sur chaque chaussette, et les pressionnent entre elles avant lavage”

  3. Merci encore de nous faire sourire.
    Mais pourquoi vouloir absolument portée les deux mêmes chaussettes… Chez nous les chaussettes vont par paire mais pas forcément avec leur jumelle. Les chaussettes qui ont perdues leur jumelle sont réassorties entre ” célibataires” si je puis dire…
    🙂

    Bonsoir

    1. Bonsoir Bé,
      C’est une union de raison que je pratique parfois par distraction, mais à laquelle j’ai grand peine à me résoudre. Ces couples ne peuvent durer, ce qui revient à monter une boite échangiste de chaussettes. Pas dans une chambre d’enfant… B-)

      1. En effet, cela fait désordre dans une chambre d’enfants ! :p
        Mais parfois, de belles rencontres ont lieu entre chaussettes et l’union dure 🙂

        Sinon, une très belle histoire de chaussettes dans ce Livre :
        – Les Chaussettes de la vie, de Christine Beigel et Francesca Carabelli.
        🙂
        bon, je sais que je m’éloigne du sujet, mais pas tant que ça…

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