Démangeaison > La ferme et tais-toi !

la ferme et tais toi banniereHier, le petit monde de la France bruissait de l’affaire Denis Baupin. Pour ceux qui l’auront oublié (ou ratée) quand ils liront ce billet dans deux ou trois semaines, Denis Baupin est cet homme politique parisien, écologiste, vice-président de l’Assemblée Nationale, ouvertement accusé de harcèlement sexuel mais encore présumé innocent à l’heure ou j’écris ces lignes. Le vice-président semble avoir le vice présent (C’est drôle, non ?).

Comme à leur habitude, les réseaux sociaux et d’actualité s’indignent et s’insurgent à peu de frais. Pourtant, cette fois, quelque chose me dérange dans la multitude de réactions ; c’est l’étonnement apparent à chaque fois que tombe une information du type « Tout le monde savait » (Les « je suis tombé de l’armoire » étant plus attendus, mais pas forcément crus).

Omerta : Locution Sicilienne désignant la loi du silence pratiquée par la mafia et par extension, « Silence qui s’impose dans toute communauté d’intérêts », d’après le Larousse

Qui sont ces gens qui s’étonnent du silence qui entourait les agissements de l’élu et qui le comparent avec ceux, tout aussi visibles et tout aussi peu connus de Dominique Strauss-Khan ?

L’histoire est pourtant pleine de ces secrets de polichinelle soigneusement gardés par un nombre considérable de personnes. Je me contenterai d’évoquer, parce que l’exemple est connu, le silence qui a entouré la famille parallèle de François Mitterrand ou encore son état de santé à la fin de son second mandat.

De secrets familiaux, en agissements douteux au sein de l’entreprise, le silence du nombre est d’autant plus assourdissant que tout le monde sait. L’omerta s’impose au sein d’une communauté d’intérêt, dit le Larousse. C’est-à-dire un groupe de personnes qui a intérêt au silence, ce qui ne veut pas dire qu’ils y ont tous le même intérêt. Paradoxalement, plus le nombre de personnes au courant est grand, plus le secret semble susceptible d’être gardé. La responsabilité se dilue dans le nombre.

Après tout, pourquoi irions-nous briser le silence alors que tant d’autres pourraient le faire à notre place ? Nous n’irions tout de même pas risquer la disgrâce, le licenciement, l’étiquette de « collabo » tatouée sur le front, ou un coup de couteau malencontreux pour avoir dénoncé, ou s’être interposé ?

Et c’est ainsi que des centaines d’employés laissent leur entreprise pratiquer des manœuvres douteuses.

C’est ainsi qu’une corporation entière connaît le nom d’un enfant, d’une maîtresse ou d’une victime.

C’est ainsi que lorsque survient le drame, les voisins répondent « on se doutait bien de quelque chose, mais… », avouant en toute candeur leur silence coupable.

Pour briser le silence, pour briser l’omerta, il y a certes le courage des victimes et celui des lanceurs d’alerte, qui sont parfois les mêmes, traîtres à leur communauté. Il y a parfois aussi le tiers providentiel, l’inconnu, l’enquêteur, le flic, journaliste, parent ou conjoint qui peut briser un silence qui ne l’affecte pas.

Voilà pour un petit rappel de ce qu’est la loi du silence, mais ne vous y méprenez pas : les cris de vierges effarouchées des réseaux n’y changeront rien : nous y sommes tous soumis d’une façon ou d’une autre. On a tous des secrets. C’est légitime, et même souhaitable. Quels sont les vôtres ?

Si pour un seul de ces secrets, nous sommes capable de trouver à qui ce silence nuit, y compris s’il s’agit de nous, alors nous sommes complices. Receleur d’omerta.

Aucun « ce n’est pas si grave » ne nous dédouanera.

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