Culture > Sur Scène > Plein les fouilles

TélémagouillesAvoir eu une scolarité prolongée par redoublement présente l’étonnant intérêt de retarder le sentiment de vieillissement. On peut ainsi garder tête haute et se péter les bretelles quand nos congénères du même âge découvrent avec horreur que les bacheliers de cette année sont nés l’année où eux-même passaient leur bac.
Mais force est de constater qu’à l’instar des crèmes de jour, de nuit, d’aube ou de crépuscule, ces petites satisfactions, ne sont que des retardateurs de l’avancée de la vie dénoncée par la multiplication des factures à notre nom, les poils blancs dans la barbe, le Doliprane dans la table de nuit, les poignées d’amour, les vins millésimés, les bières du monde et les gnomes hyperactifs qui vous appellent “Papa”.

Le dernier coup de massue en date est venu d’un classique dont je me suis rendu compte avec un désespoir mêlé d’étonnement qu’il ne le serait que pour ma génération.
Sur une scène, trois Inconnus trop connus mettent en scène un “Télé Magouille” anthologique, vision jubilatoire du talent parodique du trio Bourdon, Campan, Légitimus.

Si vous ne savez toujours pas de quoi je parle, vous risquez d’être complètement largués à partir d’ici.

Subitement, comme un météorite brûlé d’âge, la réalité m’a frappé devant la tête, l’arrière étant déjà attaqué par un petit Pouilly pourtant très recommandable. Quelle personne ayant obtenu son diplôme d’ingénieur cette année sait que Stéphanie de Monaco chante (vous remarquerez que je n’ai pas dit : “sait chanter”) et qu’elle a connu l’ivresse du sommet du Top 50 pendant 10 semaines consécutives, l’année de leur naissance ?

Qui, parmi ces jeunes loups aux dents blanches, aux seins antigravitationnels et aux abdominaux tendus sait que Yannick Noah a joué au Tennis alors qu’ils n’étaient même pas nés quand il a gagné Rolland Garros ? Peut-être ont-ils un souvenir juvénile de sa carrière d’entraîneur, le rangeant ainsi dans la même catégorie que Platini, Giresse et Tigana dont ils n’auront jamais collé la photo, ballon au pied, dans un album Panini.

Ont-ils lu “La valise en carton” ? Moi non plus.
Ils ne savent pas qui sont Rika Zaraï, et encore moins Roger Pierre et Jean-Marc Thibault.

Comment peut-on alors leur faire admettre qu’un homo-sapiens-sapiens velu, inconnu d’eux (et pour partie de la génération précédente), ait pu vendre 40 millions d’albums sous le nom de Demis Roussos ?
Savent-ils qui sont et surtout étaient Eric Blanc et son inimitable rire, Gérard Blanc et son inimitable moustache ou Michel Noir et son inimitable… traité sur les échecs qui ne l’a pas empêché d’être mat en politique alors qu’ils avaient à peine dix ans.

Alors, après m’être fendu la poire grâce à ma dose d’un beaucoup meilleur des Inconnus du meilleur effet thérapeutique, la question qu’il ne faut pas se poser est venue :

Que reste-t-il de nos vingt ans ?

La réponse aussi :
N’golo-golo.

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