Cinéma > Culture > [Film] Le Majordome : un film qui a de la tenue
3 octobre 2013

Le Majordome - Affiche du filmIl fallait au moins quelque chose d’exceptionnel pour faire sortir ce blog de sa léthargie et ce quelque chose est actuellement projeté sur nos écrans (il y a un autre truc, mais je vous en parlerai la prochaine fois).
Déjà encensé par les critiques, ce qui ne veut pas toujours dire grand chose, le film “Le Majordome” est un monument, un rôle qui marquera d’une pierre blanche la déjà longue carrière de Forest Whitaker et confirme le talent du réalisateur Lee Daniels qui a déjà montré avec Paperboy qu’il savait quoi faire avec des acteurs.

Le Majordome, c’est Cecil Gaines (Forest Whitaker), né noir dans une plantation de coton du Sud des Etats-Unis à l’époque ou les noirs dans les champs de cotons n’avaient d’hommes libres que le nom. L’enfant qu’il était a appris à servir, à être un “nègre de maison”. Il réussira à travailler dans un hôtel, puis à être majordome à Washington avant d’être recruté à la Maison Blanche sous la présidence de Dwight D. Eisenhower. Il la quittera plus de vingt ans plus tard, sous la présidence de Ronald Reagan.

Cecil Gaines est aussi père de deux garçons dont Louis, l’aîné, à l’exact opposé de son père qui voit passer l’histoire en faisant mine de ne pas l’écouter, en faisant mine de ne pas la commenter, en faisant mine de ne pas tenter de l’influencer, ira au combat pour les droits des noirs, de sit-in en prison, de rencontres avec le Ku-Klux-Klan à Martin Luther King, de la non violence aux Black Panthers, du passage à tabac à la politique.

“Le Majordome” est un film aux multiples visages, comme un Forrest Gump qui verrait le monde sous le prisme d’un seul de ses fameux chocolats et non de toute la boîte : la lutte pour les droits civiques des noirs américains, depuis le début du vingtième siècle jusqu’à l’élection de Barack Obama.

C’est donc un film politique, historique, mais c’est aussi un film de père, de mère, d’époux. L’antagonisme entre le père et son fils Louis résonne tout au long du film et présente deux images de la vie et de la survie des afro-américains du vingtième siècle. Et comme si deux ou trois exemples ne suffisaient pas, Louis Gaines a aussi un frère dont l’implication prend d’autres formes, comme une sorte de cerise sur le visage protéiforme de la lutte pour les droits civiques. Pour couronner le tout, ces deux là ont une mère, magistralement servie par l’interprétation d’Oprah Winfrey, dont la distance entre le rôle et son interprète est un vertigineux raccourci historique du chemin accompli, depuis l’époque ou être noire signifiait plus facilement être femme de chambre portée sur la bouteille jusqu’à celle qui voit Oprah Winfrey comme une des femmes les plus influentes de son pays.
Cecil Gaines est donc un mari. Un mari à l’enfance blessée mais un mari qui a réussi. Il a une maison, une voiture, une femme qui ne travaille pas mais qui s’ennuie. Il est un père de deux fils différents et complémentaires, et un employé modèle qui, petit à petit, à sa façon, écrit l’histoire des États-Unis malgré une profession humble qui sera finalement sa grande force comme on l’entendra de la bouche du pasteur King.

Enfin, mon côté cinéphile ne peut passer sous silence une bande originale des plus agréable, mais qui sait se faire oublier quand il le faut et le plaisir de la version originale, celle des accents lourds du sud, des incursions du Français dans le texte et de l’énergie des acteurs menés de main de maître et parfois méconnaissables.

Si le scénario sait se garder de tout manichéisme, ce qui en fait déjà une œuvre intelligente, il sait aussi éviter les effets de manche, le sensationnalisme et la vulgarité. Il sait donner de la profondeur à son propos, n’oubliant pas comment évoluent les choses, les gens ou les partis, en montrant que la vérité n’est pas que celle des tenants de la thèse ou que celle de ceux de l’antithèse mais a la multiplicité des visages qui la portent.

Repères

Le Majordome (Lee Daniels’ The Butler)
Film Américain (2013) de Lee Daniels
Avec Forrest Whitaker, Oprah Winfrey, Robin Williams, Cuba Gooding Jr., John Cusak, Jane Fonda, Liv Shreiber, Alan Rickman et j’en passe…
Vu en VOSTF

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