Culture > Littérature > [Livre] Un Américain peu tranquille

Le charme des bouquinistes d’occasion du boulevard St-Michel est cette possibilité de prendre un risque littéraire en limitant le risque financier. Ce risque était grand lorsque j’ai acheté mon premier Philippe Labro. Pourquoi et comment… Qui le sait ? Et pourtant, j’en avais déjà un dans ma bibliothèque que je n’avais pas lu (une histoire d’héritage dont je vous passe les détails) ; c’est maintenant chose faite.

“Un Américain peu tranquille” est donc mon second Labro dans l’ordre de lecture et mon premier dans l’ordre de possession. La couverture du format poche représente un homme sur lequel on aimerait décrire un air benêt. Italien d’origine, né en 1899, laid comme un crapaud et physiquement inapte à toute forme de gloire sportive. Il grandit à New-York, découvre la Thompson pendant la première guerre et la ramène avec lui.
Organisé, méthodique et peu enclin aux passions dévorantes, il sut se faire un nom et quitter New-York alors qu’on ne l’appelait déjà plus Alphonse : Lorsqu’il débarqua à Chicago où il allait inventer l’industrialisation du crime organisé, on l’appelait Al. Ou Monsieur Capone, ce qui était plus prudent.

L’auteur le dit lui même en préface ; il s’agit d’une oeuvre de jeunesse, une sorte de bande dessinée en prose, une biographie sans grand souci de la vérité historique. Il dépeint donc avec un plaisir évident une galerie de gangsters plus ou moins retors et de filles de joie plus ou moins joyeuses. Tout ce petit monde s’entretue avec un certain respect des convenances et une gradation dans l’intensité de l’étripage à mesure qu’augmente la puissance d’Al Capone.

En aparté, Labro dresse sans complaisance – ni d’ailleurs grande subtilité – le portrait de ce qu’il sait de l’Amérique. On y retrouve quelques poncifs entendus, mais aussi une analyse assez pertinente de l’origine de cet âme américaine que nous autres, européens, avons bien du mal à comprendre (l’incompréhension semble d’ailleurs mutuelle). La violence est pour lui un mode d’expression de l’Amérique, et on retrouvera cette évidence de façon beaucoup plus construite dans “Un été dans l’Ouest”.

Cette absence de sérieux dans l’analyse ne dénature pas “Un Américain peu tranquille”, bien au contraire. Ce livre n’est pas une oeuvre de grande littérature ; il s’agit d’un roman de gare écrit d’une plume légère comme une cuisse de gagneuse mais couchant avec la rigueur d’un comptable du mitan, un récit débitant des cadavres au rythme d’une mitraillette légère. Un moment de plaisir vite lu pour ne pas se faire fumer le cerveau et s’instruire un peu.

Repères

Un Américain peu tranquille de Philippe Labro
Roman
Gallimard – 1960

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