Démangeaison > Sexisme > Margaret et les petits pas de l’égalité

C’est devenu un sport national de monter sur ses grands chevaux dès l’apparition d’un soupçon de sexisme, à tel point qu’on en perdrait presque la signification de ce mot à force d’indignations parfois excessives et de débats sans fin sur les limites de l’acceptable en humour. Il partage avec son compère le racisme la mise en avant à peu près systématique des “initiatives” visant à lutter contre cette ségrégation, dans un grand bazar mélangeant allègrement les problématiques sexuées et sexuelles.
Au milieu de tout ce barnum, j’ai récemment noté deux ou trois exemples de la manière dont, ici ou là, par petites touches pas nécessairement belles ou trop évidentes pour qu’on s’y attarde, le sexisme quotidien recule.

Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet

NKM-HidalgoC’est d’actualité ; la bataille de Paris est (une fois de plus) engagée et si une chose est sûre en la matière, c’est que le prochain maire de la capitale sera une femme. Comme le chantait France Gall, c’est peut être un détail pour vous, mais pour moi ça veut surtout dire que la femme politique n’est plus un objet anodin mal identifié débarqué sur une liste des municipales par les hasards du mariage ou de la parité. Je ne dis pas que le combat contre le sexisme en politique est gagné. Nous en sommes même bien loin, mais de Ségolène Royal à Laurence Parisot, de Ioulia Tymochenko à Dilma Rousseff, la femme de pouvoir n’est plus un accident de l’histoire.

Le mendiant

Les parisiens, toujours eux (désolé pour les autres mais figurez-vous que je travaille à Paris), sont familiers de ces mendiantes accompagnées d’un bébé – qui ont donné lieu à une polémique sur l’utilisation des enfants, il y a quelques temps – dont le mode opératoire est assez standardisé, sinon industrialisé ; souvent installées dans un escalier du métro, habillées d’une robe longue et coiffées d’un fichu comme les romanichels de nos albums d’enfant, portant un bébé d’une immobilité que tout parent normalement constitué trouvera à la fois suspecte et enviable, elles tendent leur main en geignant une complainte aussi insupportable qu’incompréhensible.

L’autre jour, un homme squattait l’escalier avec un enfant tellement immobile que je me suis demandé si c’était un vrai. Il ne portait pas de fichu mais un air de famille avec ses consœurs renforcé par ce geste mou de la main en cuillère et, surtout, ce même gémissement. Un peu moins aiguë, peut-être, mais pas plus compréhensible.
Il semble que ses “employeurs” aient trouvé qu’un père puisse être de quelque rapport.

Miss Maggie

Michelle Rodriguez
Michelle Rodriguez
Il y a un énorme avantage à numériser toute sa sonothèque, c’est qu’on peut écouter tout ça dans le désordre. Il est parfois assez traumatisant de passer sans transition d’Enya à Aerosmith ou à la Compagnie Créole, mais a cet avantage que la diversité n’engendre pas la morosité. L’autre jour, je réécoutais ainsi “Miss Maggie”, chanson phare du répertoire de Renaud sortie en 1986.

J’ai constaté que depuis cette date, il est devenu plus normal de voir une torero, une jolie fille rouler à tombeau ouvert ou Michelle Rodriguez et Milla Jovovich se saisir chacune de deux flingues que j’aurais du mal à utiliser d’une seule main. Margaret Thatcher n’est plus, loin de là, la seule femme chef de gouvernement et la parité progresse même là où elle n’est pas obligatoire.

L’égalité de droit a pour finalité de mener à l’égalité de choix, c’est-à-dire à l’antithèse parfaite du sexisme et ces exemples montrent que cette égalité sait progresser, y compris là ou on ne l’attend pas.
Mais le bel hymne à la féminité de Renaud rappelle que lutter contre le sexisme signifie juste que refuser une activité pour un prétexte sexué n’est pas acceptable. Cela ne signifie pas qu’il faut impérativement mettre les garçons à la vaisselle et les filles au bricolage.

S’il faut laisser les garçons jouer à la poupée et les petites filles avec les voitures s’ils le veulent, n’empêchons pas non plus que nos filles s’habillent en princesse et nos garçons en chevalier s’ils le désirent. Il ne serait pas un mal que dans cette putain d’humanité, les assassins [restent] tous des frères [sans] une femme pour rivaliser.
A part bien sûr…

PS : Cet article a été initialement pensé parce que j’ai cru que le “Club des mamans” avait disparu. Ce sommet de l’iceberg sexiste de la mode enfantine est celui qui a définitivement fait voler en éclat le flegme de ce blog en me faisant écrire “Ne m’appellez plus Madame” qui reste à ce jour mon article le plus partagé. Las, il semble que le “Club DPAM” ne remplace pas le “Club des Mamans“. Il y a encore du travail.

2 réflexions au sujet de « Margaret et les petits pas de l’égalité »

  1. Bonsoir
    Même si le club des mamans n’a pas disparu, ça fait du bien qu’on nous montre que d’une certaine manière les choses ont tout de même évoluées. 🙂
    Dans le même ordre d’idée mais dans un domaine plus proche de mon quotidien : nombre de papa dépose leur enfant à l’école le matin. Ce qui est aussi je crois une belle évolution.
    Bonne soirée

    1. Bonsoir Bé,
      C’était un peu le but de cet article, de s’affranchir de l’ambiance assez négative (à laquelle j’ai aussi contribué) qui gâche un peu la vision des progrès. Quand aux papas du matin, c’est un phénomène que je trouvais particulièrement marqué quand Ti-Cul était en crèche : je croisais les papas le matin et les mamans le soir. Aujourd’hui (école élémentaire), c’est beaucoup plus paritaire.

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