Petit caillou > Mârde blanche
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Palmier sous la neige (cliquez pour agrandir)

La neige est une intempérie amicale. J’aime la neige qui tombe sans bruit avec la discrétion de ceux qui ne veulent pas déranger, comme une pluie de coton, soyeuse et douce au regard comme aux épaules. Derrière une vitre, on oublie le petit pincement du froid. Les flocons nous isolent et font naître des envies de vieil édredon lourd avec cette fragrance particulière de poussière, d’humidité et de cire de veille armoire de campagne. On hésite entre le chocolat chaud et l’engourdissement des souvenirs de nos rires d’enfants jouant au-delà de l’interdit et de nos doigts gelés parce que non seulement les moufles ne sont pas pratiques pour sculpter le bras du bonhomme, mais aussi parce qu’elles étaient étanche à l’époque où elles ont été achetées pour le grand-frère, avant de « faire » la grande sÅ“ur et le cousin Jeannot, qui a notre âge mais de grandes paluches qui prennent toute la place quand on fait de la peinture au doigt.

100_3811.JPGLa neige est une intempérie apaisante qui absorbe la saleté du sentier, l’opprobre des jours. Elle habille les arbres décharnés et les caresse comme un doigt de maman sur un front fiévreux ou une joue hoquetante-¦ là, là, c’est fini. Elle les entoure de ses bras doux-¦ là, là, l’hiver va passer. Tes feuilles reviendront. La neige se sent ridicule sur un géranium en fleur.

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Vélib'

La neige est une intempérie adoucissante qui rend les pas prudents et lents. Ceux qui savent freinent en avance, accélèrent doucement. Les Parisiens ne savent pas. Ce jeudi, à côté de moi, le scooter est tombé sur le centimètre de neige qui recouvrait la chaussée. Il est tombé doucement, à bruit feutré. L’homme s’est relevé, doucement. La voiture est arrivée, doucement, avec son agacé de service au volant. Il a lancé un coup de klaxon famélique, presque silencieux, interrompu par l’absence d’adhérence. Il a glissé, doucement, en silence, lentement, paisiblement, comme dans la brume d’un rêve. A évité l’homme, lentement, paisiblement et embouti, lentement, paisiblement, une dizaine de vélib’ garés ici, dans un lent bruit de plastique martyrisé, de tôle doucement ré emboutie. La neige nous ramène à notre essence, nous rend l’humilité disparue derrière la confiance en l’ABS. La neige est une intempérie amicale qui oblige à composer avec elle mais la France n’est pas un pays de neige.

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Pays de neige

Dans un pays de neige, on sait qu’elle est un envahisseur exigeant, mais franc. On sait qu’associée au vent, elle peut redéfinir toute visibilité avec plus d’efficacité qu’un banc de brouillard ; qu’elle peut faire tomber une nuit lumineuse et blanche. On sait aussi que cette trace immaculée et brillante devant nous est glace ou que cette mélasse à demi-fondue, gorgée d’eau et de souillures est aussi adhérente qu’une flaque d’eau sous un pneu lisse. Dans un pays de neige, on vit avec ; on la sculpte, on en fait des jeux, glissades, châteaux.

Sculpture sur Neige - Québec 2006
Sculpture sur Neige (Festival d'hiver de Québec, février 2006)

Dans un pays de neige, on aime ne pas aimer la neige, mais chaque année, quand vient le temps des fêtes, son absence est une angoisse partagée. On l’attend avec l’impatience d’un enfant, l’Å“il plein de boules, de bonhommes, de flocons happés, gobés à la volée.

La neige est une intempérie confessante. Chaque année, elle efface tout opprobre, toute laideur, et l’espace d’un instant ou d’une saison, nous lave le regard de toute souillure. Pour un instant ou une saison, l’on s’autorise un regard neuf, un regard d’enfant, Brillant, Pur et Doux.

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